On n'échappe pas à son regard: celui du serpent fascinant sa musaraigne. Cet oeil d'escarboucle voit tout, s'impose, joue de son pouvoir. Si la tentation avait un regard, c'est celui-ci qu'on imaginerait. Des lueurs dominatrices lorsqu'il veut séduire et réduire l'autre à sa merci, et des airs de gaieté, pour lui tout seul sans doute.
Il inquiète. Il cultive d'ailleurs ce pouvoir mystérieux qu'on lui prête. L'oeil espagnol; celui du peintre qui examine un trait, une ligne, sans égard pour l'être humain qui se sent disséqué sous ce regard.
Une élégance radieuse, respirant la grâce et le talent. Une aura palpable, comme celle que l'on perçoit chez le Samurai avant qu'il tire son katana. Et son attention, sa vigilance extrême, celle des grands fauves. Ses épaules sont menues, ses mains sont fines.
Il est magnifique. Mais pour les autres, ce laideron est invisible, se fondant dans la masse du genre humain.
Toujours ce regard, ce concentré de vie qui bouillonne en lui, son monde imaginaire. Ce sentiment de présence quand il arrive, son éclat.
Son nez fin, relevé et distingué, plus fier que l'ensemble. Ses cheveux, forêt ténébreuse, retombant sur ses épaules, s'incorporant à son être, moulant les courbes de son visage féminin. Sa bouche, rose et délicate, souvent tirée par une sorte de rictus, et ce sourire qui apparaît parfois, d'une douceur infime et angélique. Sa voix est grave, et contraste avec son corps frêle de jeune homme. Elle me berce, elle me hante.
Il aime tout ce qui exige concentration et attention. Il est le siège d'une mystérieuse alchimie qui lui permet de trouver dans ses troubles une force d'exploitation peu commune. Mais c'est en lui-même qu'est le poison le plus dangereux: dans sa tendance auto-destructrice, dans la fascination que l'étrange exerce sur lui, dans cette attirance pour les abîmes et cette présence familière l'angoisse.
Lorsqu'il plonge vers le versant obscur de son être, il peut être très dur, impitoyable au faible, avec un côté cruel, jaloux, intransigeant, se fiant à son seul instinct, méprisant ceux qui n'entrent pas dans son système de gravité. Et pourtant, je ne cesse de tourner autour de ce soleil, sans pouvoir m'y détacher.
Lorsqu'il abandonne sa peau de serpent pour tenter de devenir un aigle, pour se dépasser lui-même, il peut aller plus loin que quiconque. Son talent exceptionnel, son endurance morale, son orgueil et son caractère absolu le conduisent à réaliser de grandes choses, à se dévouer corps et âme à des tâches obscures, à sacrifier son temps, sa santé, sa vie, pour une cause exaltante.
Il a une intelligence pénétrante et beaucoup de perspicacité. Il devine le point faible ou l'intention cachée de chacun. Il casse le système de pensée des autres avec une efficacité peu commune, détectant aussitôt l'argument fragile ou la faille de l'édifice.
Il s'intéresse à l'art; la musique et le dessin sont deux éléments clefs de sa courte vie. D'ailleurs les lignes de sa main sont effacées, presque inexistantes, et celle de vie n'atteint pas le milieu de sa paume. Peut-être mourra-t-il jeune.
Il canalise ses pulsions sadiques propres à sa nature, celles à travers lesquelles il peut éprouver un plaisir inconscient à faire ou à voir souffrir. Il accepte mal le monde tel qu'il est. La fin justifie les moyens. C'est aussi ce qui le rend inhumain. Pour échapper à son angoisse, il a recours à la création. C'est pourquoi c'est un artiste qui exprime avec audace ce qu'il peut extraire de son univers et le présenter à la race humaine. Mais l'orgueil peut le perdre, ainsi que ses tendances à l'auto-destruction qu'on retrouve dans sa névrose d'échec.
La passion de cet être est d'une cruauté qui le rend encore plus désirable. Malheur à celle qui tombera dans ses griffes sans savoir à quoi elle s'expose, c'est à dire à des jeux subtils de bourreau à victime. Il aime les larmes de la femme aimée, il aime le pouvoir de vie et de mort qu'il a sur elle, cet art de plonger dans les abîmes du désespoir ou de la porter aux cimes de l'exaltation amoureuse.
Et pourtant, il y a chez lui une misogynie puissante et un profond refus de son homosexualité.
PiX: Saphir.
ZiK: Arc ~otona ni nari taku nai domo tachi~ - Kanawanai boku no negai wo kot